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Les ressources en eau sont tellement importantes pour le maintien de la vie et des moyens de subsistance que leur gestion peut s'avérer des plus complexes, en raison du grand nombre et de la diversité des parties prenantes concernées. Cependant, l'absence d'une stratégie intégrée et coordonnée constitue souvent une entrave à la résolution des problèmes reliés à l'eau auxquels les collectivités locales doivent faire face. Les chercheurs peuvent grandement contribuer à modifier cette situation, à condition d'adopter des méthodologies participatives et de ne pas limiter la portée de leur recherche à l'environnement biophysique, au détriment de l'environnement social. Au Malawi, la responsabilité des ressources en eau est considérablement fragmentée. À titre d'exemple, selon l'usage que l'on fait de l'eau, cette responsabilité peut incomber au Département de l'eau, aux conseils municipaux, au Département des pêches ou au ministère de l'Agriculture et de l'Irrigation. Cette situation empêche la mise en œuvre de plans intégrés et durables de gestion des ressources en eau. Jumelée à une utilisation inadéquate de la recherche-action, elle fait souvent obstacle à la résolution de la plupart des problèmes relatifs à l'eau, parmi lesquels on compte une mauvaise gestion des ressources en eau à l'échelon local, l'absence de prise en compte des questions relatives à l'égalité entre les sexes dans la gestion de ces ressources, la contamination de l'eau et les maladies hydriques, la dégradation des bassins versants de même que les insuffisances en matière de capacités humaines pour aider les populations locales. En raison de l'existence de ces problèmes, le Département de biologie de l'Université du Malawi a lancé une initiative de recherche pour analyser l'étendue de la dégradation environnementale, en lien avec l'utilisation et la disponibilité de l'eau dans les régions des rivières Lisungwi, Mwanza et Mkulumadzi. La recherche vise également à apprécier et à documenter les connaissances traditionnelles en matière de gestion des ressources en eau, y compris les stratégies utilisées localement pour faire face à ces problèmes. Les rivières à l'étude sont situées dans le district de Mwanza, dans le sud-ouest du Malawi, qui couvre une superficie de 2 239 km2 et compte 138 015 habitants. Elles sont des affluents importants de la rivière Shire, un déversoir du lac Malawi et la principale source d'hydroélectricité du pays. L'intérêt particulier de ces rivières réside dans le fait qu'elles traversent des régions qui présentent divers degrés de dégradation environnementale, attribuable principalement à l'activité humaine. En outre, le fait que la région visée par l'étude soit située en milieu rural signifie que les moyens de subsistance de la population locale dépendent fortement de l'exploitation des ressources naturelles, dont l'eau. À long terme, l'étude servira à l'élaboration de stratégies intégrées et durables de gestion des ressources en eau et favorisera le développement économique de la région. Autrement dit, les résultats de cette étude présenteront une démarche permettant l'élaboration de stratégies et de plans de gestion des ressources en eau appropriés et intégrés. Ces plans et stratégies permettront en retour d'atténuer les problèmes liés à l'eau dans la région et de contribuer à la réalisation des objectifs sociaux, économiques et environnementaux de la population locale. Pour ce faire, l'étude tentera plus particulièrement de cerner les influences économiques et sociales qui devraient être prises en considération dans l'élaboration des politiques. Elle tentera également de répertorier les connaissances traditionnelles qui existent déjà à l'échelon local et qui peu-vent être utilisées comme point de départ pour l'élaboration de plans de gestion des ressources en eau. Elle accordera aussi une attention particulière aux questions relatives à l'égalité entre les sexes et aux moyens de les intégrer dans les plans de gestion de l'eau. De plus, en ce qui concerne les aspects plus techniques, on évaluera la qualité de l'eau, afin de déterminer si elle est suffisamment pure pour la consommation humaine. Si nécessaire, des mesures d'atténuation pouvant être mises en place pour éviter la dégradation des bassins hydrographiques seront définies, tout comme des moyens permettant d'assurer la formation des personnes de la localité. L'utilisation d'approches et d'outils participatifsAfin d'accroître la participation, l'initiative a recours à une approche désignée sous le nom de « gestion par bassin versant axée sur la communication ». Tel qu'elle a été décrite par Martin1, cette approche consiste en une recherche axée sur l'action (des experts qui entreprennent des activités participatives bien ancrées dans la théorie, de concert avec les collectivités), à partir d'une réflexion systématique portant notamment sur les liens étroits entre l'environnement social et l'environnement naturel. Il s'agit d'une approche qui permet à la fois aux experts et à la population locale de participer à la prise de décision en ce qui concerne l'utilisation du territoire, ainsi que d'évaluer l'efficacité de leurs actions à long terme. En tant que participants à part entière, les collectivités locales gèrent le bassin versant, tandis que les gestionnaires de ressources jouent un rôle de facilitateur de la participation de la population et de coordination de celle-ci. Pendant longtemps, la plupart des chercheurs en sciences naturelles ont centré leurs recherches sur l'environnement biophysique, sans tenir compte de l'environnement social. Cependant, l'expérience a démontré que l'environnement social joue un rôle primordial dans le fonctionnement des systèmes naturels. L'écologie et la gestion des bassins versants fournissent également de l'information importante pour parvenir à l'adoption de pratiques durables d'utilisation du territoire. Cependant, les apports et la coopération des résidents sont absolument nécessaires2. Quoique plusieurs méthodes de collecte des données et de communication participatives aient été utilisées au fil des ans pour favoriser la participation des communautés locales et obtenir leur apport, dans la plupart des cas, rien ne leur est revenu une fois que le projet fut terminé.
1 P. Martin (1991). « Environmental care in agricultural catchments: towards the communicative catchment ». Environmental Management, 6 (15), 773-783. 2 Robert Brown et Meyas Kalindekafe (1999). « A Landscape Ecological Approach to Sustainability: Application of the Communicative Catchment Approach to Lake Chilwa, Malawi ». In Advance in Planning and Management of Wathersheds and Wetlands in Eastern and Southern Africa. Weaver Press, Harare, Université de Guelph. Dans ce cas-ci, l'équipe de recherche a d'abord procédé à une revue de la littérature existante, afin de définir les grandes lignes de l'étude. Cependant, étant donné que l'origine des problèmes environnementaux était inconnue, il a fallu faire appel à la collectivité locale. Cela n'a pas été facile, car les gens ont leurs propres priorités quand il s'agit de leur subsistance. Pour surmonter cette difficulté, l'équipe a dû se doter d'une approche de communication participative efficace, qui faciliterait les relations avec les communautés locales. Pour cette étude, la gestion par bassin versant axée sur la communication a été retenue afin d'assurer la plus grande participation possible des communautés et de veiller à ce que l'information leur soit retournée. La gestion par bassin versant axée sur la communication, comme d'autres méthodes similaires telles que la foresterie communautaire, se fonde sur des concepts semblables à ceux de la communication participative pour le développement, qui peut se définir comme l'échange effectif d'idées et d'information au moyen de la participation active des communautés et autres parties prenantes, en vue d'améliorer le bien-être des populations. Dans cette étude, l'utilisation de la gestion par bassin versant axée sur la communication est considérée comme un substitut à la communication participative pour le développement. Dans ce contexte, de nombreux outils sont utilisés, dont les questionnaires, les groupes de discussion, la cartographie des ressources et les entrevues avec des informateurs-clés. La formationAu cours de la première phase, des enquêteurs originaires de la région ont été formés à l'aide de techniques participatives. Les apprentis ont contribué à l'amélioration des questionnaires et à l'élaboration de questions-clés pour les groupes de discussion. Les sessions de formation ont aussi permis de renforcer les capacités en ce qui concerne notamment la prise de conscience des problèmes principaux et le rôle joué par les différents groupes dans la gestion des ressources naturelles. Les enquêteurs ont aidé les chercheurs en leur donnant des conseils relativement aux normes culturelles, comme la façon d'aborder les femmes et les personnes âgées de façon à obtenir leur collaboration. De plus, les lieux où se sont tenues les sessions de formation ont été disposés de façon à ce que le facilitateur n'apparaisse pas comme celui qui décide de tout, mais plutôt comme un participant de plus. Cela a contribué à créer un processus très interactif. Dans certains cas, des étudiants des cycles supérieurs ont accompagné les chercheurs principaux, afin qu'ils apprennent par l'observation et par l'action. Les connaissances acquises par l'expérience de terrain ont ensuite été discutées en classe et intégrées à leurs propres projets de recherche. Les questionnaires semi-structurésLa seconde phase a consisté à demander aux participants de répondre à un questionnaire portant sur chacune des trois rivières, où tous les aspects essentiels aux objectifs de la recherche étaient abordés. L'utilisation de cet outil a nécessité beaucoup de temps auprès des populations locales. Dans un premier temps, les enquêteurs ont demandé aux participants de remplir le questionnaire. En plus de répondre aux questions, les personnes pouvaient également en poser et faire des commentaires sur les sujets qui leur semblaient importants, même ceux qui n'étaient pas inclus dans le questionnaire. Cela a permis d'améliorer les questionnaires au fur et à mesure, tout en veillant à ce que les questions discutées avec les répondants précédents ne soient pas omises. Les groupes de discussionLes groupes de discussion, qui sont des conversations ouvertes et semi-structurées avec de plus petits groupes composés d'hommes, de femmes et de chefs traditionnels, ont également été utilisés. Cette technique a facilité la participation de différents groupes d'intérêt qui auraient peut-être été réticents à exprimer leur opinion et leurs préoccupations en présence de membres d'autres groupes, en raison des coutumes et des croyances traditionnelles. Une journée entière a été consacrée aux groupes de discussion pour chacune des rivières. Il est habituellement difficile de réunir les gens, dans un contexte où leur priorité est de résoudre leurs besoins immédiats plutôt que de discuter des questions environnementales. Cela est particulièrement vrai dans le cas des femmes, dont la charge de travail est souvent exténuante. L'approche adoptée pour cette étude consiste à tenir les discussions pendant que les femmes continuent de vaquer à leurs occupations habituelles (dans le cas présent, la vente de marchandises devant l'école primaire). Il a été plus facile de réunir les hommes. Les entrevues avec des informateurs-clésParmi les informateurs-clés de cette étude, on comptait des dirigeants à la retraite, des chefs de village et des agents de développement communautaire, selon leurs disponibilités. La plupart de ces informateurs possédaient de vastes connaissances et se montraient très coopératifs. Toutefois, il est arrivé que certains d'entre eux cherchent à faire passer leur intérêt personnel avant celui de la communauté. La cartographie des ressourcesÀ la suite de la tenue des groupes de discussion, des cartes des ressources ont été établies par les membres de ces mêmes groupes, afin d'examiner les ressources utilisées par les femmes et les hommes, de même que la valeur personnelle et d'usage que les femmes et les hommes attachent à ces ressources. Cet exercice avait deux objectifs. En premier lieu, il visait à établir un relevé des ressources qu'on croyait associées aux catégories socioculturelles dominantes « femmes » et « hommes ». En second lieu, il cherchait à définir les espaces utilisés par chacun des deux groupes (hommes et femmes). Cet exercice a permis aux chercheurs de cerner les contradictions entre d'une part l'idéologie locale relativement au rôle joué par chacun des deux sexes et à l'espace dans lequel il devait s'inscrire (c'est-à-dire ce qui devrait être) et, d'autre part, les pratiques quotidiennes (c'est-à-dire ce qui est). Autrement dit, cet exercice a permis les idéaux sociaux locaux relativement aux rôles des hommes et des femmes, de même que l'utilisation des espaces et des ressources dans la réalité quotidienne. On a ensuite demandé à chacun des deux groupes d'illustrer les espaces, les ressources et les lieux utilisés par les femmes et les hommes, en ayant recours à des couleurs, des codes et des symboles différents pour chaque sexe. Puis, il leur a été demandé d'indiquer et de commenter les lieux-clés, les éléments particuliers (leur maison, un chemin du voisinage), de même que les structures et les ressources qui étaient importantes pour eux. Enfin, il leur a été demandé d'énumérer et de dessiner les endroits et les espaces essentiels (ou périphériques) à la réalisation de leurs activités quotidiennes, ainsi que les endroits et espaces qui leur semblaient importants pour les « hommes » et pour les « femmes », de même que pour eux-mêmes. Les participants ne pouvaient être interrompus, sauf s'ils cessaient de dessiner. Dans un tel cas, des questions leur étaient posées pour les inciter à continuer. Cette approche représentait un défi étant donné qu'elle exige beau-coup de temps. Pour cette raison, lorsqu'on y a recours, on sert habituellement des boissons et des plats typiques comme le « nsima ». Le fait d'offrir des boissons et des mets, comme du jus d'orange, du riz et de la viande, est perçu comme une occasion spéciale et attire les gens. On achète la viande chez les gens de la communauté et les boissons chez les marchands locaux. Les chercheurs et les assistants aident à cuisiner. Bien que certains jugent cette pratique controversée, l'équipe a découvert que, lorsque l'on partage leur repas, les gens avaient l'impression que vous faisiez partie de leur groupe et se prêtaient plus facilement à la discussion. Le tableau d'analyse des avantagesEn tant que point de départ des groupes de discussion, l'utilisation de tableaux d'analyse des avantages permet d'examiner et d'analyser en profondeur quels sont les usagers et les bénéficiaires de ressources particulières. Il en résulte un ensemble de données qui révèlent qui profite réellement des ressources, peu importe qui y a accès, qui en a le contrôle et qui les utilise. Dans les groupes de discussion, on utilise de grandes feuilles de papier pour y dessiner les tableaux. Les chercheurs explorent pourquoi les femmes et les hommes utilisent les ressources naturelles qu'ils ou elles utilisent (c'està-dire les avantages qu'ils ou elles tirent d'une ressource en particulier) en examinant les attributs que les femmes et les hommes confèrent aux différentes ressources (nutrition, usage médical, et ainsi de suite). Nous cherchons également à savoir quels sont les détenteurs des connaissances traditionnelles, quelles ressources sont habituellement vendues dans les marchés locaux et régionaux et qui vend ces ressources. Les randonnées par transectEn collaboration avec la population locale, l'état de l'eau et de la biodiversité est estimé, de même que la dégradation environnementale le long des berges de chaque rivière. Les gens de la localité expliquent habituellement les diverses utilisations des espèces, alors que les chercheurs en expliquent l'utilité écologique et biologique et expliquent l'importance de la conservation de ces ressources. Les deux parties apprennent l'une de l'autre au cours de ce processus.
Défis et stratégies en matière de communicationAu cours de ce processus, un grand nombre de défis peuvent se présenter en matière de communication. Certaines stratégies pouvant permettre de faire face aux défis les plus courants sont décrites ci-dessus. Les prochaines étapesLes chercheurs qui participent à cette étude se sont récemment joints au Forum Isang Bagsak, un programme de renforcement des capacités et de réseautage en matière de communication participative pour le développement. Au moyen des divers thèmes discutés dans le forum électronique, les chercheurs peuvent échanger des idées et apprendre les uns des autres en ce qui concerne l'utilisation de la communication participative pour le développement dans la gestion des ressources naturelles. Les idées qui peuvent être mises en pratique localement sont ensuite transmises aux communautés locales pour obtenir leurs commentaires. La plupart des gens de la région visée par l'étude sont pauvres. Leur niveau d'instruction traditionnelle est faible et leurs connaissances en matière de sciences fondamentales sont limitées. Cependant, ils détiennent de grandes connaissances écologiques traditionnelles. Un atelier réunissant les membres du comité de gestion communautaire des ressources naturelles et les agents de vulgarisation locaux qui œuvrent dans les zones situées aux environs des trois rivières doit se tenir à la fin du projet, afin obtenir leurs derniers commentaires. Les résultats (y compris les cartes et qui les photographie) seront diffusés et finalisés au cours de cet atelier. Ils devraient également servir de base au travail futur. On s'attend à ce que la capacité des communautés locales s'améliore à travers l'accroissement de leur base de connaissances et la promotion de changements technologiques en matière de gestion des ressources en eau. Afin de retourner l'information à la population, les cartes et les photographies acquises au cours de l'étude seront exposées dans divers endroits stratégiques de la région tels que les écoles, les centres de santé, les églises et autres lieux communautaires. On croit que les images rappelleront constamment aux gens l'existence des problèmes environnementaux et les solutions possibles. L'étude souhaite également gagner la confiance des communautés en ce qui concerne la valeur du projet et l'importance de leur participation. Ainsi, ceux qui participent au projet sont responsables d'établir le programme, de diffuser les messages, de définir les aspects méthodologiques, etc. La gestion par bassin versant axée sur la communication leur permet d'assumer ces responsabilités puisqu'à la fin de l'étude les comités locaux de gestion des ressources naturelles exerceront une surveillance périodique des ressources naturelles de la région, en particulier des « points chauds », et se chargeront de trouver de meilleures façons de gérer l'environnement. Il est à espérer que cette méthode pourra garantir la gestion intégrée des ressources et améliorer le bien-être de la population locale. |
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